Huahine, un volcan que la mer a coupé en deux
Sur la carte, deux îles reliées par un pont. En réalité, un seul volcan, fendu, dont la mer a rempli la fracture. Huahine se lit comme un livre d’archéologie : les marae de Maeva alignés au bord d’un lac, des pièges à poissons qui servent encore, et un site, Fa’ahia, où l’eau a gardé le bois des premiers habitants.
1. Deux îles, un seul volcan
Huahine est un volcan bouclier de la chaîne des îles de la Société. Sa partie émergée s’est édifiée en peu de temps, entre 2,65 et 2,52 millions d’années. Une caldeira s’est d’abord formée au centre ; puis un fossé, orienté d’ouest-sud-ouest en est-nord-est, s’est ouvert et a séparé le nord du sud.
Ce fossé, c’est ce que vous voyez aujourd’hui : la baie de Maroe à l’est, la baie de Bourayne à l’ouest, envahies par la mer. Au nord, Huahine Nui ; au sud, Huahine Iti. Un pont d’une centaine de mètres franchit le chenal qui les relie. Deux îles pour la carte, un seul volcan pour la géologie.
Environ 250 000 ans après la fin de l’édification, des laves plus visqueuses sont remontées le long de fractures nord-sud et ont formé une série de dômes. Les sommets : le mont Turi, 669 mètres, sur Huahine Nui ; le Pohue Rahi, 460 mètres, sur Huahine Iti. L’île fait 74 à 76 km² selon les sources — nous donnons l’écart plutôt qu’un chiffre qui le masque.
2. Un lagon que ses habitants ferment
Le récif-barrière entoure les deux îles, percé de passes : Avamoa, la passe principale, que les cargos empruntent de jour comme de nuit ; Avapehi, devant Fare, l’une des plongées réputées des îles Sous-le-Vent ; Farerea sur la côte est ; le secteur de Fitii pour les plongées dérivantes.
À Haapu, sur Huahine Iti, la baie de Ti’apa’a vit sous rahui depuis 2012 : une fermeture tournante, par saisons de trois mois, pour le crabe de terre, le bénitier, la squille et la langouste. C’est une décision des habitants, portée par la commune associée, et elle fonctionne : la pêche y reste abondante quand la saison s’ouvre.
Le nourrissage des animaux sauvages est interdit dans toute la Polynésie française depuis 2017, et les requins y sont intégralement protégés. En plongée comme au bord du lagon, on regarde ; on n’appâte pas.
3. Maeva et Fa’ahia, l’île des archéologues
À Maeva, au bord du lac Fauna Nui, les chefs des districts de l’île vivaient côte à côte, chacun entretenant le culte de ses ancêtres sur son propre marae. Combien de marae ? Les inventaires vont de vingt-huit à plus de soixante, selon ce qu’ils comptent et à quelle époque : nous ne donnerons pas un chiffre que les archéologues ne donnent pas. Le marae Manunu, dédié à Tāne, garde un pétroglyphe de tortue ; Raiti, le dernier grand prêtre de Maeva, mort en 1915, y est enterré.
Dans le lac, des alignements de pierres en V piègent le poisson au jusant. Ces pièges à poissons servent encore ; leur âge, lui, n’est établi par aucune datation publiée — méfiez-vous des « six siècles » qu’on lit ici ou là.
Au nord-est de Huahine Nui, le site de Fa’ahia est d’une autre nature : six hectares détrempés où l’eau a conservé ce qui pourrit partout ailleurs — des pièces de pirogue, des pagaies, des écopes, des massues patu, des manches d’herminette. Yosihiko Sinoto, du Bishop Museum, l’a fouillé à partir des années 1970. Les premières lectures le faisaient remonter très haut. Les fouilles reprises en 2007 ont donné douze datations au radiocarbone sur des matériaux à vie courte : une première occupation vers 1050-1160 de notre ère. La date d’arrivée des navigateurs en Polynésie orientale reste discutée ; pour Huahine, c’est la mesure la plus récente.
Les os trouvés à Fa’ahia racontent aussi ce que l’arrivée de l’homme a coûté : plusieurs oiseaux disparus depuis, dont un étourneau propre à l’île, Aplonis diluvialis.
À Faie, enfin, les puhi tari’a, les « anguilles à oreilles », vivent dans le ruisseau qui traverse le village : des yeux bleus, jusqu’à deux mètres de long, nourries à la main depuis des générations. L’accès est libre.
4. Un royaume jusqu’en 1895
Huahine fut un royaume jusqu’à la fin du XIXe siècle, et son rattachement à la France ne tient pas en une date. En mars 1888, le gouverneur Lacascade prend possession de l’île et y hisse le drapeau ; suivent deux années d’une résistance où se mêlent l’opposition à la France et une guerre entre factions de l’île. La reine abdique en septembre 1895 ; l’intégration administrative et législative suit en 1897-1898. Les sources ne s’accordent pas sur tous les jours de cette chronologie : nous en donnons les étapes, pas une date unique.
C’est aussi à Huahine, à Fare, que naît le 10 mai 1895 — l’année où finit le royaume — Pouvanaa a Oopa. Député de 1949 à 1960, condamné en 1958 et exilé, gracié en 1968, sénateur de 1971 à sa mort en 1977, il reste pour beaucoup de Polynésiens le metua, le père, du mouvement d’autonomie. Sa condamnation a été annulée en révision en 2018.
5. Y aller, y circuler, ce qu’on y fait
Air Tahiti relie Papeete à l’aérodrome de Fare en trois quarts d’heure environ. Par la mer, des cargos mixtes, qui prennent aussi des passagers, font la liaison de nuit depuis Tahiti et entre les îles Sous-le-Vent. Sur place, une route fait le tour de Huahine Nui et de Huahine Iti, reliées par le pont ; à vélo, en voiture ou en scooter, les deux îles se parcourent sans hâte.
Au sud, la plage d’Avea, à Parea, est une plage de plusieurs kilomètres bordée de végétation indigène, que les cocoteraies n’ont pas remplacée. Fare, le chef-lieu, a ses plantations de vanille et une ferme perlière ouvertes à la visite. L’île compte 6 263 habitants au recensement de 2022, répartis en huit communes associées.
Chaque année, fin octobre, c’est de Huahine que part la Hawaiki Nui Va’a, la grande course de pirogues des îles Sous-le-Vent.
6. Ce qu’on croit à tort
Huahine n’est pas deux îles. C’est un seul volcan, fendu, dont la mer a rempli la fracture.
Maeva n’est pas inscrit au patrimoine mondial. En Polynésie française, seul Taputapuātea, à Ra’iātea, l’est, depuis 2017.
« Des pièges à poissons de six cents ans » : aucune datation publiée ne le dit. Ils servent encore, et c’est déjà beaucoup.
L’annexion n’a pas de date unique. Elle s’étale de 1888 à 1898.
« Les Polynésiens sont arrivés à Huahine au VIIIe siècle » : les datations les plus récentes du site de Fa’ahia placent la première occupation vers 1050-1160.
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