Moorea, l’île qu’on regarde par l’intérieur
À trente minutes de ferry de Papeete, Moorea passe pour l’île sœur tranquille. C’est aussi un volcan effondré dans lequel on entre en voiture, et l’un des lagons les plus étudiés de la planète.
1. Les deux baies sont un cratère
Moorea est un volcan bouclier de la chaîne du point chaud de la Société. Son activité aérienne est datée entre 1,72 et 1,36 million d’années par la méthode potassium-argon ; une autre source la fait remonter à 2,15 millions d’années. Nous donnons la fourchette : sur ce point, les datations ne concordent pas encore.
L’édifice d’origine s’est effondré et ouvert vers le nord. Ce qui reste de sa caldeira n’est pas une curiosité de géologue : c’est le paysage entier de la côte nord. Les baies de Cook — Pao Pao — et d’‘Ōpūnohu sont des vallées taillées dans le mur du cratère puis envahies par la mer, séparées par le mont Rōtui, 899 mètres, que des filons de roche très dure ont protégé de l’érosion.
Au Belvédère, vous n’admirez pas la caldeira : vous êtes debout dedans. C’est la particularité de Moorea, et la raison pour laquelle la vue depuis ce point est différente de toutes les autres vues de Polynésie.
Les sommets : le Tohiea culmine à 1 207 mètres, le Mou’a Roa à 880, le Mou’a Puta à 830 — celui-ci percé d’un trou traversant que la légende attribue à une lance jetée depuis Tahiti. L’île fait 133 km².
Moorea est plus ancienne que Tahiti, et son récif-barrière est plus mûr : il fait le tour complet de l’île, ce que celui de Tahiti ne fait pas. Attention toutefois à une idée reçue : cela ne signifie pas que son lagon est « le plus grand » — sur ce point, les sources se contredisent et nous ne trancherons pas.
2. Le lagon, les raies, et une règle à connaître
Le lagon couvre environ 5 000 hectares, derrière un récif-barrière de 61 kilomètres percé de douze passes. Les motu Fareone et Tiahura, au nord-ouest, ferment la carte postale.
Les raies pastenagues et les requins pointes noires du lagon nord-ouest sont la sortie la plus demandée de l’île. Une chose mérite d’être dite : cette concentration d’animaux n’est pas spontanée — elle est née d’un nourrissage commencé en 1995.
Le nourrissage des animaux sauvages est interdit depuis 2017 par la loi du Pays, et les requins sont intégralement protégés. Un prestataire qui vous propose de nourrir les raies est hors la loi. Les sorties sérieuses vous emmènent voir des animaux, pas les appâter.
Les baleines à bosse passent de juillet à novembre. La zone économique polynésienne est un sanctuaire de mammifères marins depuis 2002, et l’approche est encadrée : saison autorisée du 20 juillet au 20 novembre, de 7 h 30 à 17 h 30, cent mètres pour les navires autorisés et trois cents pour les plaisanciers, quinze mètres pour les nageurs — six au maximum à l’eau — trois bateaux par zone, et mise à l’eau interdite dans les lagons, les baies et les passes. Les opérateurs sont sous licence.
3. ‘Aimeho, les marae, et l’ananas
L’île ne s’est pas toujours appelée Moorea. Son nom ancien est ‘Aimeho, dans une forme complète — ‘Aimeho i te rara varu — qui se traduit par « aux huit tentacules » : les huit chaînes de montagnes. Cook et les missionnaires l’écrivent Eimeo. Le nom Mo’orea, « lézard jaune », s’impose à la fin du XVIIIe siècle.
La vallée d’‘Ōpūnohu conserve plus de cinq cents structures inventoriées, fouillées par R. C. Green au début des années soixante et restaurées à la fin de la décennie. Le marae Titiroa mesure une quarantaine de mètres sur dix-sept ; l’occupation du site remonte à la fin du XVIe siècle.
Moorea a joué un rôle particulier dans la christianisation : c’est ici que Pōmare II se réfugie après 1808, ici qu’en 1815 le grand prêtre d’’Oro brûle les idoles du marae de Papeto’ai, ici enfin qu’est installée en 1817 la première imprimerie du pays — Pōmare II tire lui-même les premières épreuves.
Plus tard vient l’ananas. Une centaine d’hectares, plus de quatre-vingts producteurs, et une usine créée en 1981 pour absorber la surproduction — celle dont vous verrez les jus partout dans le pays.
Cook n’a pas mouillé dans la baie de Cook. Le 30 septembre 1777, il entre par la passe Tareu dans la baie d’‘Ōpūnohu. La baie voisine porte son nom sans qu’il y ait jamais jeté l’ancre.
4. Y aller, y circuler, ce qu’on y fait
Il n’y a plus d’avion. Air Moorea, dont le vol durait sept minutes, a cessé toute activité le 1er novembre 2010, trois ans après le crash du vol 1121 qui avait fait vingt morts. Depuis, la liaison est maritime : Aremiti et Terevau relient Papeete à Vaiare en trente à quarante-cinq minutes selon le navire, plusieurs fois par jour.
- Le Belvédère d’‘Ōpūnohu, à 240 mètres, d’où l’on voit les deux baies et le Rōtui.
- Le col des Trois Cocotiers, 385 mètres, une heure et quart à deux heures selon l’itinéraire — il ne reste d’ailleurs qu’un seul cocotier.
- Le Mou’a Puta, six à sept heures depuis ‘Āfareaitu, avec des passages câblés : guide requis.
- La plage publique de Ta’ahiamanu, gratuite, à l’entrée de la baie d’‘Ōpūnohu.
- La route de ceinture, une soixantaine de kilomètres, qui fait vraiment le tour.
Une chose que peu de visiteurs savent : le CRIOBE, station de recherche installée ici depuis 1971, fait du lagon de Moorea l’un des récifs coralliens les plus étudiés au monde. Quand vous nagez au-dessus du corail, vous êtes dans un site de mesure.
5. Ce qu’on croit à tort
- Les baies ne sont pas deux cratères. Ce sont des vallées noyées, creusées dans un édifice effondré. La caldeira, c’est l’ensemble du bassin.
- On ne nourrit pas les raies. C’est interdit depuis 2017, et les prestataires sérieux ne le font plus.
- On ne prend pas l’avion pour Moorea. Plus aucune ligne commerciale depuis 2010 : c’est le ferry.
- « Moorea, l’île au lézard jaune » n’est pas le nom historique. Le nom ancien est ‘Aimeho ; Mo’orea est tardif.
- « Le plus grand lagon de Polynésie » : à éviter. Les sources se contredisent sur la comparaison avec Tahiti. Ce qui est vrai, et suffit : son récif-barrière fait le tour complet de l’île.
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